Le contexte de visionnage, pour commencer, parce que tout le monde s'en fout, mais que c'est très important pour moi...
Mon père m'a parlé de ce film, hier, j'ai fait "mmm", et j'ai oublié. Et puis je suis tombée sur le programme ciné dans le journal, deux minutes plus tard, juste le titre Nothing, le réalisateur (Vincenzo Natali), et le nom d'un des acteurs, David Hewlett.. Mon coeur fait "raaah", en plus c'est en VO, et subitement c'est devenu mon film, pour tout un tas de raisons farfelues.
Parce qu'il est canadien, réalisé par celui qui a fait The Cube, avec David Hewlett - Rodney McKay choupiiii... dieu sait combien j'aime cet acteur, et pas seulement à cause de Stargate Atlantis...
Je tourne autour du pot pour ne pas le regarder en famille hier soir ; j'ai bien fait : mon père s'est endormi, ça a gavé ma mère...
Non, c'est définitivement un film pour moi, un film pour geek folle fanaticomaniaque de David Hewlett, Stargatophile, aux références cinématographiques et autres passablement excentriques. Un film que je ne pouvais voir qu'en VO, pour la voix de Hewlett quand il hystérise.
Plus en détail, c'est donc un film canadien indépendant, réalisé par Vincenzo Natali et écrit par lui, Hewlett et Andrew Miller, lequel est, j'ai découvert ça au cours du film, l'acteur qui joue l'attardé dans the Cube, quand Hewlett était le "méchant".
Et dans ce film -- où pour une fois j'ai pas eu de mal à retenir les prénoms des personnages, ceux-ci étant les mêmes que ceux des acteurs -- Andrew est un agoraphobe agent de voyage qui vit reclus dans une baraque minable coincée entre deux voies d'autoroute, tandis que Dave, son ami de toujours, se fait virer, accusé d'avoir détourné des fonds dans sa boîte (qui fabrique/vend des câbles, allez savoir pourquoi cela semble tourmenter le réalisateur, au point qu'il y en a partout dans le film), alors que c'est l'oeuvre de sa nana, avec laquelle il comptait emménager... Dépité et plus ou moins recherché par la police, il rentre et tombe sur un Andrew suicidaire (tentative de pendaison avec un cable électrique) accusé à tort de pédophilie sur une jeannette qui l'avait aidé à rentrer chez lui, enfermé dehors après avoir tenté de sortir les poubelles tout seul.
Ok, cette phrase est désespérément longue et dure à lire, ok, on ne semble pas aller très loin avec tout ça, mais justement, ça met en place les élements, et c'est précisément cet enchainement de merdes qui est à l'origine de toute la suite du film. La maison, le rejet de la société, les emmerdes qui arrivent de partout à la fois.
Ils décident de mettre en vente la maison, ce qui a pour effet d'attirer la logique bureaucratique barbare devant leur porte : avis de démolition pour non conformité à une loi (pas de maisons près des autoroutes), bien que cette même maison n'existe pas aux yeux du cadastre. Petit dialogue absurde entre l'huissier et Dave, on se croirait en plein HitchHiker's Guide to the Galaxy, extraterrestres en moins.
Et puis tout se précipite. Le jour de la démolition, dix minutes avant l'heure fatidique, le téléphone sonne ("Don't answer the phone!" crie un Dave hystérique), on tape à la porte, les flics, les bulldozers, les mères de famille en colère. Enervement, affolement, grenades lacrymo. Et puis. Plus rien.
Que... du rien, à perte de vue autour de la maison.
Pas rien, mais réellement du rien.
Là, le film hésite, vacille entre délire potache et suspens sciencefictionnien. Exploration du rien blanc à la mode Stargate, talkies walkies pour deux mètres de distance ("over ?"), accoutrement de ninja des temps modernes en ustensiles de maison recyclés, rappelant un peu les fringues de Robin Williams dans Fisher King. Avec un sabre, s'il vous plait!
C'est à la fois con (trop de scènes répétitives, plans pas assez originaux, longueurs), intriguant (Dave qui enregistre une sorte de rapport pour la postérité sur un magnétophone, analysant le sol comme rappelant du tofu...), amusant (une trace faite de petits objets débiles pour retrouver la maison).
En temps que fan (folle) de Stargate Atlantis, je m'étonne que ce soit Andrew le couard et Dave-David l'explorateur. Mais de nombreux McKayismes refont vite surface : Dave qui s'empiffre en cachette, Dave qui babille à tout va en disant qu'ils vont creuver s'ils mangent pas, Dave qui fait un piège avec des boites dans la cuisine pour piéger dieu sait quoi...
Et c'est là qu'est enfin dévoilé le coeur du film : si tout a disparu autour d'eux c'est parce qu'ils l'ont voulu, en haissant le monde extérieur (comme je les comprends et les envie...). Séquence délires et joies inventives dans ce monde exempt de tous tracas -- même la faim, disparue.
Je tiens à mentionner au passage le talent évident des décorateurs, et au-delà, du réalisateur lui-même : Toronto version carton-pâte-2D... hilarant. Avec rien, ils créent un univers à la fois confortable, réel, qu'on a l'impression de connaitre et dans lequel on -- enfin en tout cas moi -- se verrait bien piégé sans aucune trace du monde extérieur.
Une maison de geeks agoraphobes, fans de jeux vidéos et sans véritable notion d'hygiène ou de rangement... ça ressemble étrangement à ma chambre, en plus grand. Le "combat" à la Xbox avait aussi un côté diablement familier...
En haissant les choses, ils font disparaitre des objets, mais également des souvenirs. Le film tente d'explorer un côté psychologique, et de verser dans la "philosophie", et c'est un peu raté, à cause d'un manque de cohérence au niveau des genres. Pas vraiment un film noir, pas non plus un thriller... Une comédie bordélique plutôt.
Toutefois, et ça m'est venu à l'esprit après coup, il y a pas mal de choses à dire au niveau de la symbolique... Après si c'était fait "on purpose", ce n'est pas à moi de le dire ; le plus gros défaut de ce film à vrai dire est son manque d'unité, de rythme -- c'est plus un film "à voir pour pouvoir en parler après"(... dommage que j'aie pas d'amis). Symbolique donc, en quelque sorte, la maison (et ensuite l'extérieur), pleine remplie de merdes et de machins : le matérialisme dans sa plus belle expression. Le rien, au contraire, pourrait tenir lieu de représentation de la spiritualité, même si son aspect débile et musical dilue cette idée.
Restent les savoureuses références, même si certaines sont, j'en suis sûre, uniquement le fruit de mon cerveau malade qui s'empresse de faire des liens entre des délires personnels.
Le soucis des deux amis au sujet de Stan la tortue et les post-its pour expliquer comment la nourrir me font inévitablement penser à Carson sur Atlantis, et à sa tortue, oubliée sur Terre au cours de l'épisode The Return 2/2 (snuf, pauvre). Le changement progressif de personnalité d'Andrew, au fur et à mesure qu'il s'efface des souvenirs, plus calme, plus inquiétant, jouant avec une lampe torche tout en regardant Dave dormir fait penser à Petits Meutres Entre Amis / Shallow Grave. Le combat débile de la fin (sans bras, sans jambes, plus que des têtes) est forcément une parodie du chevalier noir du Holy Grail des Monty Pythons.
En passant, les moments les plus drôles étaient les plus stargatiens (rodneyesques) et/ou les plus monty pythonesques : l'infiltration dans la maisons qu'ils croient investie par des ennemis, et la technique d'approche tout particulière de Dave, combinée avec la musique, parfaite, et les petits bruits que fait le rien quand ils marchent, ont failli me faire pleurer de rire, et ça rappelle la cavalcade sur le chateau contruit sur un marais, dans Holy Grail, de même que l'amour que porte Hewlett aux films de kung-fu...
Un film pas comme les autres, un film pas pour tout le monde. Un dernier film débile avant la rentrée en somme.
Il faut soutenir les films indépendants, parce que malgré leurs longueurs, leurs trucs nazes, leurs bizarreries, ça reste quelque chose d'important, comme un film que j'aurais fait moi, un reflet de mon esprit dérangé, d'une âme soeur. (C'est sûrement pour ça qu'ils plaisent à personne ces films...)
En attendant A Dog's Breakfast, autre cadeau canadien pour les geeks stargatophiles, avec en prime un Paul McGillion sans accent écossais (malheureusement)... Sortie prévue en DVD courant 2008, pour la zone 2. Peut être... (espoir)